Corps à corps | Nina Thomas

Le corps est mis à mal, il est souvent caché par des vêtements et le moindre morceau de chair visible peut devenir une atteinte à la pudeur. Corps à corps démontre le paradoxe entre le vêtement cachant le corps et des vêtements illustrant un corps caché qui enfin se dévoile.

Du corps-à corps pour une lutte. Sociétale et culturelle. Historique et permanente. Collective et individuelle. Un travail photographique au cœur de l’actualité. Proposant une sorte de jeux antiques revisités, qui auraient gardé leur virulence, qui auraient mis tout le monde dans l’arène, qui auraient gagné l’esprit de la Haute-Couture. Se lançant à corps perdus, ou pas, dans la bataille des sexes, se cherchant un pacte de non-agression.

En guise de combats à mains nues : la création de vêtements unisexes. L’émergence du A-gender, la mixité présentée au sein d’un même rayon, le mélange des tailles et des styles... Ce glissement progressif du plaisir pour tous n’a pas obtenu l’unanimité. Point de discours enrobés sur ce manque de résultats : les féministes ont dénoncé, vilipendé, critiqué. Dans leur dénonciation sans équivoque, ce penchant marqué pour une garde-robe trop masculine. Ainsi, la création d’une apparence commune, d’une enveloppe semblable pour des corps différents, emprunterait trop à la domination du mâle. Du machisme brodé haute-couture qui s’ignore ? Coup de ciseau dans la réunification des deux sexes.

Tant de tergiversations pour habiller des peaux éperdues à la recherche d’une nouvelle identité m’a conduit à la création d’objets photographiques hors-norme. A l’élaboration de supports à porter sur soi-même, ou que l’on observe sur d’autres. Le vêtement comme moyen de revendication. Comme objet politique ou philosophique. Comme outil sculptant le corps-à-corps.

Couvrez ce sein que je ne saurais voir... Le monde est devenu Tartuffe. Avec ce terreau fertile à la propagation de la mode et des tendances que sont les réseaux sociaux. Du Facebook ou de l’Instagram pour instaurer une obligation à la vie d’artiste : montrer en partageant. Tout et n’importe quand. Des photographes devenus, parfois, des guerriers maudissant ces algorithmes qui prônent la censure du corps. Terrible polémique pour un outrage à la création. Pour une liberté d’exercer un métier...

Après avoir croisé le fer et avoir perdu contre le tableau L’origine du Monde de Gustave Courbet, le groupe de Mark Zuckerberg s’acharne contre les tétons féminins comme s’il fallait lisser les extrémités d’un sexe par rapport à l’autre. Couvrez ce sein féminin alors que le téton masculin peut gambader sur le web en toute impunité et sans la moindre discrimination. Evidemment, en pleine tempête de revendications égalitaires, ou d’injustices flagrantes cantonnant les dames ans le camp du sexe faible, ce genre de censure, d’un clic ravageur, met le feu à la toile.

Mon sang de femme-photographe n’a fait qu’un tour. Ma poitrine s’est gonflée. Vite, entrer dans cette danse injuste. Vite, offrir un arrêt sur images pour l’éternité d’une revendication. Vite, aider à remporter la guerre des tétons. Vite, réparer ces corps mis à mal, cachés par des vêtements castrateurs. Vite, défendre l’idée qu’un morceau de chair apparent ne constitue pas un attentat à la pudeur. Vite, faire comprendre qu’un corps se dévoile par des jeux de formes et de matières, qui offrent la chair à nos regards.

Quel chemin de traverse emprunter? Quelle ruse à trouver? Quels barrières à franchir? Une prise de vue pour capter frontalement une nudité des deux sexes. Un face à face abrupt. Vrai. Avant de cerner les attributs des sujets, de voler l’intimité pour mieux la dévoiler par un traitement de l’image. Du graphisme et des ombres afin de sceller le téton foncé sur la chair claire. Une sorte d’hymne au noir et blanc. Mais surtout redonner vie au combat, au corps-à-corps, à la lutte. Relier la photographie au monde réel, à celui qui bouge. Donner une impression directe et concrète. Renaissance. Mariage des arts. Union des confections. Du vivant au vivant, enfin, avec ces vêtements défendus par des modèles sans genre. En son sein, le téton est roi.

Les visages sont volontairement cachés pour accentuer l’ambiguïté. Les attitudes et les poses des modèles sont stéréotypées pour cultiver le doute. On oscille entre le délicat et le sensuel, le musclé et le viril, tout en restant dans le domaine iconique. La confusion des genres est désirée. Les modèles font vivre une androgynie pourtant inexistante, mais qui peut s’envisager grâce au rendu de l’image, tout en traces et nuances.

Arabesques corporelles minimalistes pour un maximum de sens. Chorégraphie de dons de soi pour les autres. On détoure pour aucun détour, l’important est de filer à l’essentiel. Un téton, finalement, tel une main tendue. Une photographie comme le prêt d’une intimité servant la cause commune. Sur un cintre, le corps-à-corps suspend même son vol.

Nina Thomas

Alessandro Michele n’est pas le seul à explorer ce nouveau monde où l’on habille de concert hommes et femmes, et où les stéréotypes sexuels apparaissent comme traditionalistes, voire archaïques. Prada, Givenchy et Saint Laurent l’ont tous fait lors de leurs défilés, les modèles et les tenues étaient si semblables que la question « devine le sexe de cette personne » est devenu le passe-temps favori de la Fashion Week.
Robin Mellery-Pratt,
Quel avenir pour la mode unisexe ? Le Monde, 06 mars 2015, 09 mars 2015

Ce mouvement, on le doit tout d’abord à Ted Lapidus, le premier designer français à avoir instauré le ‘style uniforme’ ou ‘esprit unisexe’ lors de ses défilés. Rad Hourani, lui, le lance en 2013 en Couture. Or, la distinction homme/femme a depuis toujours été très soulignée, que ce soit niveau couleurs, formes, disciplines, goûts et j’en passe. Il y a un rayon homme et puis un rayon femme, ce qui paraît plutôt logique à première vue mais si l’on vient à l’unisexe... un petit chamboulement s’impose. [...] Avant la notion même d’esthétique, le besoin prime. Libération du corps, confort, bien-être. Alors pourquoi ne pas avoir songé à la démocratisation de l’unisexe plus tôt ? [...] Niveau coupe, on se doute bien que ce ne sera pas extravagant : plutôt droit, pas trop décolleté, assez ample, on laisse la « taille unique » pour un « genre unique ». Oui car malgré les morphologies différentes, les modèles doivent bien évidemment aller aussi bien à l’homme que la femme, et finalement, le travail nécessite plus de réflexion. [...] Au coeur de tant de sophistication et de superficialité, et si l’on revenait finalement tout bêtement à la simplicité pure, au vêtement unisexe, on oublie les différences et hop ! Il est vrai que la femme s’est appropriée toute la garde robe XY, du pantalon au costume, sans doute pour des raisons pratiques et de confort.
Anna Tai. La mode unisexe – histoire(s) et analyses [en ligne]. BW-YW, 07 mars 2015, 04 mars 2016

Et si le temps d’une mode genrée était définitivement terminé ? Aujourd’hui, les créations unisexes qui peuvent aisément se partager ont le vent en poupe. Petit tour d’horizon d’une tendance qui prend de l’ampleur. Lorsque Jaden Smith pose pour la campagne printemps-été 2016 de Louis Vuitton, c’est en jupe qu’il apparaît. Plus récemment encore, Alexander Wang postait sur Instagram une photo de l’acteur vêtu de pièces de sa collection automne-hiver, immortalisé par l’édition américaine du magazine « Glamour ». Vêtements propose des podiums mixtes et la tendance androgyne bat son plein chez Y/Project et Maison Margiela.
Marine Poyer. Mode unisexe : la nouvelle donne [en ligne]. Elle, 22 juillet 2016

L’image n’est pas passée inaperçue : fin août, le rappeur Young Thug posait sur la pochette de son dernier album, No, My Name Is Jeffery, vêtu d’une longue robe à volants bleus façon Scarlett O’Hara dans Autant en emporte le vent. Loin des stéréotypes machistes associés à l’univers du gangsta rap, la tenue a enflammé les réseaux sociaux, provoquant une énième réflexion sur la fluidité des genres. Au printemps dernier, Jaden Smith, 17 ans, le fils de Will Smith, posait, lui, en jupe pour la campagne de la collection femme printemps-été 2016 de Louis Vuitton, tandis que sa sœur, Willow, choisissait pour un shooting de Vogue une combi-pantalon dans la collection masculine de Takahiromiyashita TheSoloist. [...]Bienvenue dans l’ère du « no gender », du « gender fluid » ou du « gender neutral », comme disent les Anglo-Saxons, une tendance qui s’affranchit de la binarité homme-femme et se vit dans la mobilité. Que signifie le no gender ? « C’est passer de la fille au garçon - et vice versa - pour embrasser une multitude d’identités », analyse Alice Pfeiffer, rédactrice en chef du magazine Antidote et titulaire d’une maîtrise en gender studies à la London School of Economics. [...]Dress code éclaté, mode dégenrée ou silhouette neutre : une nouvelle esthétique fait son apparition. Fidèle à sa capacité à capter l’air du temps, la mode s’empare évidemment du mouvement. [...]Quant au style androgyne, relayé par des icônes comme Mick Jagger ou David Bowie, qui ont toujours entretenu la confusion ou l’ambiguïté, il ne date pas d’hier. « Ce qui a changé, explique Pierre-François Le Louët, président de l’agence de prospective NellyRodi et de la Fédération française du prêt-à-porter féminin, c’est que la fluidité des envies dans la garde- robe est devenue suffisamment forte pour créer un marché destiné aux nouvelles générations, pour qui se définir comme fille ou garçon n’est plus le problème. On peut s’habiller en femme et rester masculin, et inversement. Les millennials détachent vêtement et sexualité parce qu’ils ont digéré la question et qu’ils s’identifient aujourd’hui par rapport à d’autres valeurs : l’amitié, l’engagement, les relations au travail, l’écologie, par exemple. La mode sans genre n’est que le reflet de l’époque ». Quand a-t-elle fait son apparition dans les tendances marketing du moment ? « Je situerai le point de départ en mars 2015, poursuit Pierre-François Le Louët, quand le grand magasin Selfridges de Londres a proposé, sur trois étages, un espace Agender de vêtements asexués d’une quarantaine de marques, remettant en cause les frontières binaires ancestrales. » [...] S’inscrivant dans cette tendance de fluidité des genres, Le Bon Marché propose aussi depuis un an « Le vestiaire volé aux hommes » au premier étage de la mode femme : des labels masculins - AMI, Raf Simons, Officine Générale, OAMC - y présentent leurs pièces phares dans des tailles adaptées aux femmes.
Marion Dupuis. Le «No Gender» ou quand la mode s’affranchit des sexes [en ligne]. Madame Le Figaro, 24 janvier 2017

Au-delà d’une énième tendance périssable, la mode unisexe est révélatrice d’un détachement total des codes pour un mélange des genres réussi. [...]La mode no gender s’installe depuis plusieurs saisons au sein des tendances mode. Les plus grands créateurs de mode font disparaître les barrières entre mode homme et femme pour permettre au vestiaire neutre de descendre dans la rue.
Charlotte Darnige. La mode unisexe : décryptage d’un phénomène [en ligne]. Cosmopolitan, 12 octobre 2018

En découvrant la collection unisexe d’H&M, vous êtes nombreuses à avoir exprimé votre déception : les collections dites unisexes reprennent seulement des coupes du vestiaire « masculin » et très peu, voire pas du tout, celles du vestiaire « féminin ». [...]Dans les collections unisexes récentes comme celle de chez H&M, de chez ASOS ou encore celle de Justin Bieber, un seul et même « sexe » semble ressortir. Comme s’il avait été décidé que tout le monde s’habillerait désormais avec le vestiaire masculin et que les coupes dites féminines seraient complètement effacées. Quand je dis les coupes féminines, j’entends par là ce qui se vend dans le rayon femmes uniquement. C’est à dire les jupes, les crop tops, les décolletés, les robes... Est-ce que se tourner vers des coupes connotées masculines ne serait pas un peu la facilité pour les marques, qui feraient en sorte de se donner une image progressiste, mais ne font en réalité que peu d’efforts ? Car les filles ont déjà bien moins de mal à s’habiller avec des vêtements dont les coupes sont similaires à celles des garçons. [...] Quand il s’agit de mode unisexe, j’ai donc l’impression qu’encore une fois, c’est le masculin qui l’emporte, et que les pièces plus « féminines » sont ignorées. [...]Une mode unisexe allant dans les deux sens est présente depuis un moment dans la haute couture. Elle s’immisce, de-ci de-là, disparait, puis revient quelques années plus tard, sans jamais vraiment se trouver une place dans le prêt-à-porter. Elle reste au sommet de la « chaîne » de la mode, sans jamais rejoindre la rue.
“Carotte”. La mode unisexe est-elle trop « masculine » ? MadMoiselle, 7 février 2019

LA CENSURE DES CORPS

Sur Instagram, un compte s’amuse à poster des photos de tétons en gros plan pour dénoncer la politique de censure de la plateforme. Après tout, pourquoi accepte-t-on une photo d’homme torse nu et jamais une photo de femme topless ? Une photo d’un type torse nu sur la plage, ça passe. Une photo artistique d’une femme topless, ça se fait virer. Voilà la politique d’Instagram, très similaire à celle que l’on peut retrouver sur la plupart des réseaux sociaux. Seules sont acceptées les photos de cicatrices post-mastectomie ainsi que celles qui montrent l’allaitement. [...] Alors pour lutter contre cette politique sexiste et absurde, le compte Genderless Nipples (que l’on pourrait traduire par « tétons dénués de genre ») poste depuis quelques jours des photos en gros plan de tétons. Impossible alors de deviner le genre de la personne qui les détient. [...] Cependant, il y a deux jours, une photo a été censurée. Ironiquement, le téton appartenait à un homme.
Anouk Perry. Des tétons en gros plan pour lutter contre le sexisme sur Instagram, MadMoiselle, 8 décembre 2016

Instagram a régulièrement été critiqué pour sa censure du corps des femmes, notamment des tétons, alors que ceux des hommes passent sans souci. [...] Sur Instagram (mais aussi sur Facebook par exemple, et sur YouTube), les corps des femmes ne sont pas les bienvenus. Là où des hommes torse nu ne poseront aucun souci, les tétons des femmes n’ont pas le droit de cité (car ils seraient intrinsèquement sexuels), par exemple. Ça a même donné un mouvement de grande ampleur : #FreeTheNipple, en français #LibérezLeTéton ! [...] J’ai des seins, une vulve, un vagin, mes règles, des organes qui fonctionnent bien (par chance), et si un jour je pose nue, ce ne sera pas obligatoirement du porno, mais juste un corps.
“Mymy” Le corps des femmes n’est plus censuré sur Instagram ! Enfin... à une condition, MadMoiselle, 05 juin 2018

Le Monde s’est agacé de la censure par Facebook d’une publication menant à un article sur le cancer du sein, justifiée par la présence d’une photo de mammographie. Le journal a choisi de remplacer l’image par celle d’une poitrine d’homme, toujours acceptée par le réseau social. [...] Le réseau social a un grand rôle à jouer dans l’acceptation de la nudité, qui n’est que la présentation brute de la réalité des corps, mais Facebook fait tout depuis des années pour entretenir le rapport malsain que l’on entretient avec l’état naturel des femmes. [...] Ainsi le journal Le Monde, [...], avait publié sur son compte Facebook un lien menant à cet article sur le dépistage du cancer du sein, illustré fort logiquement par la poitrine d’une patiente installée dans un appareil de mammographie. [...] Mais comme souvent, les algorithmes détecteurs de tétons féminins de Facebook se sont allumés, et ont censuré la publication que les internautes ne sauraient voir. [...] Le Monde, qui publiait l’article sous sa marque Les Décodeurs, a toutefois eu la même réponse possible à cette censure. [...] À la place de la poitrine d’une femme, il a choisi une poitrine d’homme, en sachant que celle-ci ne serait pas censurée. Chez Facebook, il n’y a pas d’égalité entre les tétons. [...] Dans ses conditions de service, Facebook interdit en effet explicitement la publication de contenu incluant de la nudité ou de la pornographie. Toutefois, dans ses standards de la communauté, le réseau de Mark Zuckerberg reconnaît nuance en reconnaissant que s’il censure « certaines images de poitrines féminines si elles montrent le mamelon, [il autorise] toujours les photos de femmes qui défendent activement l’allaitement ou qui montrent les cicatrices post-mastectomie de leur poitrine ». Appliquant finalement ses propres règles, Facebook a donc accepté de revenir sur sa décision et a même présenté ses excuses. Mais comme toujours, ou presque, elles interviennent trop tard. Et surtout, elles ne justifient en rien pourquoi la poitrine d’une femme devrait rester une image taboue, et pourquoi celle d’un homme serait socialement acceptable. [...] Facebook ne fait pas progresser la liberté des femmes et leur respect s’il entretient cette idée que la femme, dès lors qu’elle dévoile une partie de son corps, serait nécessairement un objet de désirs sexuels, et qu’il faudrait empêcher que les hommes soient tentés. C’est de la banalisation que naît la nécessaire indifférence, que nos sociétés modernes ont oubliée en faisant du corps quelque chose qu’il faut revêtir, pas seulement par nécessité, mais par convenance.
Guillaume Champeau. Facebook a encore censuré des tétons parce qu’il s’agit de ceux d’une femme, Numerama, 12 octobre 2016

Nudité, sexualité... Pour les algorithmes, c’est un peu pareil. Les réseaux sociaux ont tendance à sortir l’artillerie lourde, dès que le moindre téton ou morceau de fesse apparaît. Instagram, YouTube... Et bien sûr Facebook. Aucun réseau n’y échappe. A part peut-être Twitter, plus libéral en la matière. Vous vous en rappelez peut-être : L’Origine du monde, le tableau de Gustave Courbet, qui représente un sexe féminin, avait ainsi fait les frais de cette censure en 2011. Peint en 1866, la toile avait certes fait scandale et défrayé la chronique. Aujourd’hui, ce sont des dizaines de milliers de visiteurs qui peuvent librement admirer l’oeuvre au musée d’Orsay, à Paris. Mais pour Facebook, il s’agissait avant tout d’un contenu mettant en avant de la nudité. Depuis la justice a été saisie. Et si l’internaute a été débouté de sa demande, les juges ont estimé que Facebook avait commis «une faute» dans cette affaire. [...] Voici une autre histoire, qui avait elle aussi fait beaucoup parler. «La Liberté guidant le peuple», le célèbre tableau d’Eugène Delacroix peint en 1830, avait été utilisé cette fois pour une pièce de théâtre jouée à Paris. Mais là encore, la peinture avait été censurée, en raison de la présence du sein dénudé de Marianne sur la toile. Facebook considérait en effet qu’il s’agissait là d’une «promotion de produits ou de services sexuels ou destinés aux adultes». [...] La statue de la «Petite sirène» à Copenhague a ainsi été retirée du réseau social en 2016. Tout comme la «Vénus de Willendorf», une sculpture paléolithique vieille de près de 30.000 ans, qui est exposée au muséum d’histoire naturelle de Vienne, et n’a pas plu du tout à Facebook. Forcément, beaucoup d’internautes ont tourné en ridicule ces mesures de censure. C’est le cas de l’artiste suédois Micol Hebron, qui avait invité les internautes à contourner la vigilance des modérateurs, en masquant les seins féminins des publications, par des tétons masculins. Sur Twitter, il a même fourni le modèle du téton à découper.
Anonyme. Peinture, sculpture... Quand les réseaux sociaux s’attaquent à la nudité [en ligne]. France 3 Paris IDF/ET, 05 septembre 2019

L’humoriste de 41 ans [Océan], qui effectue actuellement un changement de genre pour devenir un homme, a posté un cliché de lui, torse-nu, sur son compte Instagram le 2 décembre dernier. Et ça n’a rien d’anodin. [...] En effet, l’algorithme d’Instagram comprend que le torse nu d’Océan est celui d’un homme et autorise donc la publication de cette photo. Ce que ne peut pas faire une femme, car Instagram censure les tétons féminins. Une pratique que combat notamment le mouvement féministe «Free The Nipple» (Littéralement «Libérez le téton» en Français) qui milite pour l’égalité homme/femme devant le droit de s’afficher torse-nu sur les réseaux sociaux. [...] Car le mouvement «Free The Nipple» considère que les tétons des hommes et des femmes sont similaires, et qu’il n’y a donc aucune raison d’interdire les uns de les montrer si les autres le peuvent.
Pierre Lentz. Océan dénonce l’absurdité de la censure des tétons d’Instagram [en ligne]. Huffington Post, 03 décembre 2018

L’humoriste et comédien Océan, qui avait fait son coming out trans en mai 2018, a posté une photo torse-nu sur son compte Instagram. Une manière de dénoncer la censure illogique du réseaux social envers les tétons féminins. Ayant vécu 40 années en tant que femme, le comédien et auteur Océan est désormais très à même de se rendre compte pleinement des inégalités hommes/ femmes, puisqu’il a débuté son parcours de transition vers son identité masculine en janvier dernier, avec la prise de testostérone et une mammectomie. Le 2 décembre, lorsque l’humoriste et comédien trans publie une photo de lui torse-nu sur Instagram, l’algorithme du réseaux social le perçoit comme un corps masculin et ne censure donc pas le contenu.[...] «Mes photos vont plus être censurées si je poste mon torse? Tout d’un coup, par la magie d’une opération, quelques grammes de glandes mammaires en moins, ma poitrine est recevable ?» pointant l’hypocrisie du réseau social et sa différence d’appréciation entre les corps masculins et féminins, qui pourtant ont des tétons identiques. [...] En effet, sur Instagram, ce sont les tétons féminins qui posent problèmes et sont censurés systématiquement.
Anne-Marie Kraus. Océan dénonce la censure des tétons féminins sur Instagram [en ligne]. Marie Claire, 04 décembre 2018

En l’espace de trois jours j’ai échangé avec de nombreuses personnes concernées par cette censure. [...] Des artistes majoritairement féministes qui prennent pourtant soin de censurer au préalable leurs images à grand renfort de flou et d’émojis. Propriété dudit Facebook depuis 2012, Instagram impose en effet des conditions d’utilisation qui ont moins à voir avec ce que la loi sanctionne (exposition pornographique à des mineurs, incitation à la haine...) qu’avec des décisions arbitraires et réactionnaires. [...] Certes, Facebook et Instagram sont des entreprises américaines, emblématiques d’une certaine mondialisation. Mais si elles séduisent des utilisateurs partout dans le monde, la neutralité affichée se révèle finalement néolibérale et conservatrice. Or donc, dans ces espaces qui fonctionnent sur l’autoreprésentation des utilisateurs, un contrôle des corps et des idées sévit. Le manque de transparence d’Instagram se révèle quand des utilisatrices rapportent que leurs photos en lingerie n’ont jamais entraîné de signalement contrairement aux images où leur nudité accompagnée d’un discours politique leur a valu de nombreuses suppressions. [...] Un constat évident ressort des échanges avec divers acteur(ice)s concerné(e)s par la censure : nous ne sommes plus sur Instagram réellement par choix, nous y sommes parce que son usage est devenu indispensable pour diffuser notre travail. [...] Ces réseaux dits sociaux possèdent le monopole de la diffusion artistique en ligne ; il est donc gênant qu’ils exercent de tels abus de pouvoir, excluant de leurs plateformes certain(e)s artistes au motif qu’ils ou elles ne respectent pas leur politique. [...] La politique discriminatoire d’Instagram et Facebook nous pose enfin problème en ce qu’elle semble cibler principalement le corps des femmes, ou plutôt certains corps de femmes. [...] Le flou qui entourait le banissement d’images de mamelons se précise et, encore une fois, ce sont les femmes qui ressortent vaincues de cette épuisante guerre contre le téton. [...]Sexiste, transphobe et grossophobe, le hashtag #fatkini (un hashtag de femmes grosses qui posent en maillot de bain) semble effectivement avoir causé de nombreuses suppressions d’images, alors même que des millions de clichés de femmes (ultra)minces (pour ne pas dire anorexiques) posant sur la plage restent en ligne. [...]L’injustice qui cible les femmes, les artistes féministes, les travailleuses du sexe, les personnes queer, les personnes trans, les personnes grosses et les personnes racisées n’est pas tolérable. Elle est en totale contradiction avec le combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Combat qui ne peut se passer de visibilité et de nouvelles représentations.
Romy Alizée avec la contribution d’Apolline Bazin, co-fondatrice de «Manifesto XXI». En furie contre la censure du Net [en ligne]. Libération, 13 décembre 2018

À l’heure où les réseaux sociaux sont omniprésents, leurs règles d’utilisation sont déterminantes pour la diffusion des contenus et donc des idées. Ces règles font d’ailleurs très souvent débat puisque non seulement elles ne sont pas explicitées clairement mais il semblerait aussi qu’il y ait «deux poids, deux mesures». Par exemple, les images présentant des tétons féminins sont immédiatement supprimées alors que celles d’hommes torse nu ne posent aucun problème. Cette aberration a d’ailleurs donné naissance à des projets cocasses, comme celui d’une artiste taïwanaise, qui a créé des stickers de tétons masculins, à coller sur les poitrines féminines pour éviter la censure. [...] Cette problématique de censure et d’autocensure à l’heure des réseaux sociaux était au centre des discussions lors du dernier congrès de l’Union des photographes professionnels. Durant une conférence animée par Pierre Morel, à laquelle participait Romy Alizée (photographe, initiatrice de la tribune «En furie contre la censure du Net»), Tess Raimbeau (iconographe pour Libération), Zoé Vilain (avocate en droit des médias), André Gunthert, enseignant-chercheur à l’EHESS, historien des cultures visuelles. Ensemble, ils ont fait un état des lieux des problèmes liés aux restrictions imposées par les géants du Web.[...] Les réseaux sociaux deviennent alors les miroirs grossissant de problématiques sociétales plus générales. [...] Il a aussi été rappelé que l’une des problématiques d’Instagram était son caractère global. La plateforme applique les mêmes règles dans le monde entier, alors que les différences culturelles sont importantes : ce qui est admis en France, ne l’est pas nécessairement en Inde. [...] Malgré tout, on remarque qu’au fur et à mesure des années, les choses évoluent et que les cas de jurisprudence se multiplient, comme l’a prouvé le procès autour de L’Origine du monde en février 2018.
Lisa Miquet. Que faire pour lutter contre la censure d’Instagram ? [en ligne]. Konbini, 04 avril 2019

SPENCER TUNICK

Cachez ce téton que je ne saurais voir : voici le mantra ô combien restrictif que les réseaux sociaux semblent revendiquer. [...] Parmi les dissidents qui refusent d’accepter bêtement ces règles contraignantes, Spencer Tunick, photographe états-unien réputé, compte bien se faire entendre avec son prochain projet artistique. [...]En effet, une centaine de mannequins poseront nu(e)s pour une photo mûrement réfléchie par Spencer Tunick, destinée à remettre en question les règles en vigueur relatives à la nudité sur Facebook et Instagram en priorité. Bien entendu, le photographe a pensé à tout afin que son cliché puisse être partagé sans encombre dans la foulée sur les réseaux sociaux concernés. Intitulé We The Nipple et réalisé en collaboration avec la Coalition Nationale contre la Censure (NCAC en anglais), son projet prendra en compte les restrictions établies pour les contourner avec ingéniosité. Bien que la forme exacte de la photo en prévision ne soit pas détaillée, on sait que Spencer Tunick a fait appel à une flopée d’artistes masculins, qui ont tous fait don d’images de leurs tétons pour qu’elles soient incluses dans le rendu final. Comme on peut s’en douter, ces photos de tétons gracieusement mises à disposition du photographe seront utilisées à bon escient afin de créer une œuvre qui dénoncera le sexisme inhérent à la censure de la nudité telle que pratiquée par les réseaux sociaux les plus influents. Car oui, les torses masculins peuvent être exhibés sans souci sur la Toile, mais les femmes aux seins nus demeurent personæ non gratæ – sur les réseaux comme dans l’espace public, d’ailleurs. [...] Sa démarche anti-censure se veut bénéfique pour tout le milieu de la photographie qui mise beaucoup sur les réseaux sociaux pour faire connaître son travail.
Florian Ques. Spencer Tunick et son armée de modèles nus en guerre contre la censure de la nudité [en ligne]. Konbini, 23 mai 2019

Le photographe américain Spencer Tunick a frappé un grand coup dimanche dernier : il est parvenu à rassembler une centaine de volontaires pour poser nus devant le siège de Facebook à New York. Chaque participant avait entre ses mains une photographie géante de tétons masculins pour couvrir leurs parties intimes. Le choix des photographies géantes de tétons d’hommes n’est pas un hasard : le photographe dénonce les limites de la politique de censure de la nudité pratiquée sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook et Instagram. Ces derniers ont tendance à supprimer automatiquement la moindre photo laissant apparaître un téton féminin alors que le téton masculin fait l’objet d’aucune forme de censure. Cette absurdité constitue un obstacle pour les artistes souhaitant partager leur composition de nus féminins artistiques.
Anonyme. Insolite : des modèles posent nus pour dénoncer la censure de Facebook [en ligne]. Planet.fr, 03 juin 2019

Facebook a une drôle de manière de concevoir la nudité. Sur Instagram, notamment, l’entreprise américaine autorise des photographies de tétons masculins, mais condamne tout bonnement ceux des femmes. [...] Afin de protester contre ce qu’elles considèrent comme une « censure », une centaine de personnes ont répondu à l’appel du célèbre photographe et artiste américain Spencer Tunick, dimanche matin. Une manifestation intitulée « #Wethenipple ». [...] « L’interdiction de la nudité empêche de nombreux artistes de partager leur travail en ligne. Cela nuit particulièrement aux artistes dont le travail est centré sur leur propre corps, dont les artistes queer et non sexistes, ainsi que sur le corps de ceux qui appartiennent à leurs communautés », a indiqué la Coalition nationale contre la Censure sur son site internet, avec qui Spencer Tunick a coorganisé cet évènement.
Julien Bouisset. Des manifestants posent nus à New York pour protester contre la censure de Facebook et Instagram [en ligne]. Nouvel Obs, 03 juin 2019

Une centaine de personnes s’est réunie devant le siège de Facebook à Manhattan, afin de protester contre la censure des images de tétons féminins. [...] Le moindre bout de téton est quasiment automatiquement supprimé. Y compris lorsqu’il s’agit d’œuvres d’art. Il existe quelques exceptions «dans le cadre d’une protestation, pour sensibiliser à une cause, ou à des fins pédagogiques ou sanitaires». [...] Mais un collectif d’artistes a protesté la semaine dernière devant le siège new yorkais de Facebook au cours d’une manifestation baptisée «WeTheNipple». A l’invitation du photographe Spencer Tunick, une centaine de personnes se sont installées sur les trottoirs en s’allongeant nues, pour contrer la censure, devant les locaux du réseau social. Seules les parties génitales des participants étaient couvertes d’une image représentant un téton masculin.

Charles Magnien avec Julien Vattaire. Les photos des tétons féminins bientôt autorisées sur Facebook? Bourdin Direct dans BFM, 07 juin 2019.

Nina Thomas

Nina Thomas, née en 1990 à Ivry-sur-Seine en France, est diplômée en Communication Visuelle de l’école Estienne et titulaire d’un Master de recherche en Photographie de l’École Nationale Supérieure Louis-Lumière.

Ses réalisations pour le magazine Du Sel au Pixel durant le « Mois de la Photo » en 2012, ont été exposées à la Maison Européenne de la Photographie à Paris. Elle a aussi effectué des reportages pour la rubrique « Style » des Inrockuptibles. Ils ont été publiés sur le site web du magazine.

L’une de ces séries d’images fut présentée lors d’une exposition collective au Point Ephémère : « 04:33 ». Cette même série lui a donné l’occasion de participer au « Labex-Arts H2H », une exposition et une journée d’études organisées conjointement par l’Université Paris 8 et l’École nationale supérieure Louis-Lumière, consacrées au thème : « Que fait (faire) la photographie ? ».

Nina Thomas a, par ailleurs, apporté sa contribution sur la notion d’Habitat, lors d’un projet sur le quartier Confluences d’Ivry-sur-Seine, obtenant un prix pour le Contrat de réussite solidaire de cette ville. Une notion qu’elle a continué d’explorer dans sa série des Villes Nouvelles, ce qui lui a permis d’être finaliste pour l’appel à partenariat de la Mutuelle des Architectes Français.