Le fil et l'écorce | Julie Coustarot

Participation
BT79

Les deux parties se décomposent en deux éléments bien distincts par le format et la couleur, mais elles se répondent.
Des femmes le plus souvent les yeux clos, dans des postures désarticulées, comme si elles avaient été jetées sur le sol. Ensuite, une forêt, des bouleaux, des femmes surgissant de terre. Les mêmes. Mais un élément n’appartient pas à la photographie. Un fragment d’écorce de bouleau. Élément primordial. Mais que fait-il là ? quel fil le relie à nos personnages ? Et que s’est–il passé entre ces deux événements ? Inversons la chronologie. Le premier temps serait celui de la forêt, le temps du noir et blanc.
Le bout d’écorce interpelle. Comme le dit Georges Didi-Huberman dans son livre Ecorces, ce morceau de peau du bouleau serait une sorte de lambeau du temps. Il est le témoin du surgissement des trois femmes de la terre.
Dans le deuxième temps, la couleur s’est imposée et les trois femmes, une fois redressées, attendent, scrutent derrière des vitres un hypothétique futur, ou un passé discutable. L’écorce-témoin a disparu, remplacée par des fils, des fils rouges sur une bouche ou un œil clos, ou par le fil des cheveux. Comme les Parques. Ces trois sœurs, divinités latines, qui avaient pour fonction de tisser, de défaire le destin des hommes. Elles présidaient aussi à la naissance des êtres humains. Comme l’écorce, le fil est ici un élément primordial. Il est la source, à la source de tout. Le fil et l’écorce.
L’attente est proche de l’écorce, une autre sorte de fragment, une autre parcelle de temps. Erri de Luca dit dans Noyau d’Olive que « seules les femmes, les mères, savent ce qu’est le verbe attendre ». Chez la femme le verbe prend forme physique. Le verbe s’incarne. Les photos de Julie Coustarot sont cette incarnation de l’attente. Elles nous montrent une autre représentation du temps. Et ne dit-on pas « au fil du temps » ?