Donbass, âge de guerre | Gaël Cloarec

À l’époque soviétique, lorsque l'on parlait du donbass, celui-ci évoquait des mines, des montagnes de charbon et des rivières d’acier. Cette terres incarnait les succès de l’industrialisation. Il attirait de tout le pays, des hommes qui n’avaient pas peur de travailler dur. Le Donbass a été un véritable chaudron où des gens venus des régions les plus reculées de l’URSS se sont forgé une nouvelle identité : soviétique par excellence. Les habitants du Donbass ont toujours eu le sentiment d’appartenir au grand projet unificateur, qui gommait les différences ethniques au profit de valeurs communes : celles du travail, de l’amitié et de l’entraide. En son sein, la ville de Donetsk est désormais une république autoproclamée séparée de l’Ukraine et située sur la ligne de front ; il suffit d’ailleurs de prendre un bus pour accéder à la zone de conflit. Malgré les accords de Minsk-II signés en février 2015 et ratifiant un cessez-le-feu dans le Donbass, les bombes continuent de pleuvoir du ciel Ukrainien ; et trop régulièrement, elles frappent les zones civiles. Au front, les soldats ont chacun leur raison pour tenir la ligne: les uns ont l’impression de combattre parce qu’ils veulent conserver l’âme russe du Donbass, les autres sont persuadés qu’ils s’opposent toujours au fascisme (l’Ukraine était alliée au régime d’Hitler)... Ironie de l’Histoire, lorsque les soldats creusent des tranchées sur la ligne la plus avancée, la ligne zéro, ils redécouvrent les tranchées du front russe de 1945.