Ce travail porte sur les femmes sans abri, avec ou sans papiers, en situation de très grande exclusion sociale et touchées tant émotionnellement que psychologiquement. Ces femmes de toute âge, admirables, courageuses, respectueuses, très bien éduquées, sachant faire preuve de gratitude ont changées mon regard. J'ai l'habitude de voir les sans abri bizarres et anormaux, sales et repoussants par leur image, leur odeur... alors que ces femmes sont opposées de cette image. Elles prennent soin de leur apparence et sont très discrètes. Cette qualité devient également un défaut car elle les rend invisibles et non existantes.

Leur journée elles passent dans les accueils de jour, les parcs s'il fait beau, les restaurent solidaire, les gares.
Et leur nuit, si elles ont de la chance au Centre d'Hébergement et d'Assistance aux Personnes Sans-Abri où les places sont très limitées, au 115 (numéro national d'assistance et d'orientation pour les personnes sans-abri) ou bien aux Urgences si elles n’en sont pas virées, dans les bus de nuit en faisant des allers et retours d’un terminus à l’autre. Dans les métros ou les parcs si elles peuvent éviter les contrôleurs et les veilleurs de nuit. Dans les parkings, dans la rue, sous les ponts, recroquevillées dans le renfoncement d’une porte pour se tenir plus chaud. Tout en restant groupées, partageant leur solitude, pour éviter d’être violées ou agressées et pour certaines seules et vulnérables.

Comment survivent-elles sur ce chemin fait de deuils répétés, d’adaptation constante, d’acceptation forcée ?

En leur donnant ces appareils photos, j’ai souhaité leur donner la possibilité d’être artiste, artiste de leur vie, le droit d’exister, de s’exprimer à travers leurs photos. Et elles, elles nous donnent en retour la possibilité de voir leur vie à travers leurs yeux ; elles nous invitent dans leur intimité, déjà si fragile, sinon absente...