La péninsule de Yamal, dans l'Arctique russe, abrite l'un des plus grands gisements de gaz au monde. Le développement récent de gigantesques installations industrielles dans cet environnement hostile illustre l’appétit sans cesse croissant de l’humanité pour l’énergie. La toundra nue, qui était autrefois parcourue par des troupeaux de rennes et leurs éleveurs, les Nenets, est maintenant remplie de pipes et de torchères. Des pétroliers et des brise-glace naviguent le long de la côte, illuminant la nuit.
Les photographies sont toutes prises en hiver, la toundra devient donc une scène blanche où se déroule le spectacle du développement de la civilisation humaine.
Ce projet questionne l'idée de frontière. Cette histoire se déroule à l’extrémité nord du continent eurasiatique sur l’ultime frontière terrestre. Yamal signifie en langue Nenets« le bord du monde". Il existe également une frontière temporelle : des populations vivant quasiment comme au néolithique côtoient d’immenses d'usines du 21ème siècle. Et enfin, il interroge la limite du développement de la civilisation occidentale: nous avons réussi à exploiter les zones géographiques les plus reculées. Où irons-nous ensuite?
L’espace temporel et géographique séparant les éleveurs de rennes de l’industrie est indicible et immontrable. Cette espace est un entre-deux sur lequel pivote l’ensemble des photographies du projet. D’un côté il y a les hommes du passé, témoins et preuves de notre « humanité naturelle », de l’autre l’industrie métallique et inorganique dans laquelle hommes et tubes sont également interchangeables. Ces deux humanités sont cependant rassemblées par l’usage du feu et de la machine. Chez les Nenets les motoneiges ont remplacées les rennes, ils offrent de nouvelles possibilités mais imposent également de nouvelles contraintes et une nouvelle dépendance.
L'Arctique était autrefois une terre d'explorateurs et d'aventuriers qui sont maintenant remplacés par des méthanier brise-glace et des usines à gaz.