Stéphanie Buret | À la recherche du Paradis blanc presque perdu

2017 marque les 100 ans de la promotion touristique suisse. Une image idéalisée de la Suisse et des paysages alpestres synonymes de paradis terrestre, c’est ce qui permet de convoiter en masse les marchés asiatiques notamment. Ces dernières années, vu le manque de neige significatif, des alternatives sont en effet créées afin d’attirer d’autres sources de revenus que ceux liés à la pratique du ski.

Face aux mythiques sommets (comme le Cervin) et sur les glaciers qui fondent à vue d’oeil, les touristes déambulent par centaines, non plus à la force des jambes comme les alpinistes de l’époque, mais grâce aux meilleures technologies du monde (téléphériques ou trains à crémaillère) qui les emmènent au « Paradis » en quelques minutes chères payées.

Sur ces hauteurs, j’y découvre des « non-lieux », dont fait référence Marc Augé quand il parle de ces espaces où « l’individu s’éprouve comme spectateur sans que la nature du spectacle lui importe vraiment. Comme si le spectateur en position de spectateur était à lui-même son propre spectacle. » Il s’agit d’une Disneylandisation de la Nature, un monde de jouissance au cœur du Paradis blanc (ou pas) devenu récemment accessible.

Une révolution urbaine est en effet en train de se jouer en altitude. Des téléphériques high-tech, des ponts suspendus, des restaurants, des vitrines, des musées, des objets d’art, des spectacles, des installations à sensations transforment le paysage des cimes. La montagne se désacralise.

Dans le même temps, une autre vision de la montagne se développe : le retour de l’authentique et de la vie en harmonie avec la nature, la recherche d’espaces purs. Dans cette veine, des hôtels écologiques de luxe se créent comme le « Whitepod ».

À ces nouvelles représentations de la Nature et des Alpes en Suisse, s’ajoute une des plus grandes révolutions écologiques de ces derniers siècles : le réchauffement climatique. Les glaciers suisses fondent si rapidement, que le Glacier du Rhône qui recèle une grotte glaciaire, se pare de couvertures blanches en été, afin de ralentir sa disparition. Des corps momifiés dans un glacier ont également été retrouvés cet été, particulièrement chaud. Et cette tension dramatique sublime le « Paradis » presque perdu… Le désenchantement fait place à la quête éperdue d’un passé bientôt révolu, à cette mélancolie proustienne et à l’imagination romanesque.

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