Bourse du Talent #67 Mode. Beauté. Studio

Révéler l’étoffe | Maya-Ines Touam

Les sélections

«Révéler l’étoffe» présente une série d’une quarantaine de photographies de femmes de tous âges et milieux confondus. Réalisés à Oran en 2016, après Alger en 2014, ces portraits décèlent la multiplicité des avis d’Oranaises dans leurs façons d’arborer le voile, tentant de fixer la diversité de l’objet de coquetterie à sa forme la plus coercitive. Ces profils ont été sélectionnés selon leur histoire et leur sensibilité, véritable affirmation d’une féminité accomplie.

Dans cette série, Maya-Ines Touam cherche à rendre compte de la richesse d'une tradition plurielle et mouvante, aussi bien religieuse, sociétale qu’esthétique.

Ce travail a été produit par le collectif HAB.B. qui a obtenu une aide à la création de l’Institut français d’Alger en 2014.

Les photographies sont accompagnées d’interviews retranscrites ( #2 encore en cours).

Maya-Ines Touam est une jeune artiste non confessionnelle, dite en « trait d’union » issue d’une culture musulmane, entrelacée dans cet entre-deux, intégrant les influences de son pays d’origine aux références de son pays de naissance. À la différence de ses aînées elle n’est pas « une artiste en exil1».

Son identité est en constant mouvement et en devenir. Comme l’expression qui lui est chère d’Edouard W. Said : « Nul aujourd’hui n’est seulement ceci ou cela, Indien, femme, Musulman, Américain, ces étiquettes ne sont que des points de départ2.»

Les questions identitaire furent le point de depart de ce jeune binôme.

Leur premières interrogations à ce propos ont concerné l’ambivalence du pouvoir féminin dans le monde arabo-musulman. Ces femmes définies par l’artiste Boushra Almutawakel « soit comme exotiques, belles, mystérieuses, soit sans défense, opprimées et enlaidies3» dévoilant les prémices de la subtile complexité du positionnement du voile face au monde.

Actuellement, les deux artistes ne sont pas dans une revanche face à l’orientalisme ou au post-colonialisme mais dans une démarche critique engagée, utilisant, entre autres, certains codes générationnels pour expérimenter plastiquement les représentations et les symboles du voile contemporain.

Ces constellations de voiles, véritables membranes entre fort intérieur et monde extérieur, voient leur sens et leur symbole constamment remis en question, leur définition en est mouvante et floue car « variable selon [leurs] propres frontières mentales4».

À travers ses recherches plastiques, Maya et Thomas tentent d’avoir une réflexion transversale et interrelationnelle dans les domaines des sciences humaines et des beaux-arts.

« Dès le début, j’ai pris la décision que ce travail n’allait pas traiter de moi ou de mes opinions sur le sujet et que ma proposition serait de ne pas en avoir. Je me suis dès lors située en posant uniquement des questions, sans ne jamais y répondre. L’interrogation et la curiosité principale était simplement le fait d’être une femme dans l’islam5» (Shirin Neshat).

Bien que sa démarche diverge de celle de ce binôme, l’idée d’interrogations constante anime le travail de Maya-Ines et Thomas Echegut.

Ils cherchent également à définir les frontières tangibles de la place de l’onirique, de la liberté d’agir et de penser dont ces femmes peuvent jouir tandis que l’Occident fantasme sur le hijab.

Pourquoi et comment un tissu traditionnel, culturel et religieux peut à se point attirer, apeurer, provoquer mais surtout diviser l’opinion dans le monde ?

« Les femmes arabes ont toujours occupé l’espace privé, mais où qu’une femme se trouve, dès qu’un homme pénètre dans cet espace il le rend public6 » (Lalla Essaydi).

Vision fascinante d’un passage entre espace privé et public au sein même de cette étoffe, entre réel et imaginaire que ces jeunes artistes tentent d’exprimer.

Comment percevoir la femme musulmane qui semble traverser le temps, fidèle aux traditions, tout en s’adaptant à ce monde en constante évolution ?

1 Shirin Neshat, « L’Art en exil », TEDtalks, 2010.

2 Edward W. Saïd, L’Orientalisme: L’Orient créé par l’Occident, trad. de Catherine Malamoud, Éditions du Seuil, Paris, 1980.

3 Anahi Alvisio-Marino, « Boushra Almutawakel : Researching for alternative discourses », Nafass Art magazine, octobre 2010 (article consultable en ligne sur www.universes-in-universe.org/eng/nafas/articles/2010/boushra_almutawakel).

4 Véronique Rieffel, Islamania, de l’Alhambra à la burqa, histoire d’une fascination artistique, p165, Éditions Beaux-Arts, 2011.

5 Shirin Nesshat. Ed Galerie Jerôme de Noirmont, 1999 p6

6 Lalla Essaydi « L’orientalisme revu et corrigé de Lalla Essaydi », Courrier international, n° 1128, 4 juin 2012